NOUS CONTACTER

 

26 avril 2017

Paris - 15:34

GMT +1

Météo du monde

Horloge parlante

Marthe Simard, première parlementaire française

 

Extraits d'une interview de Joëlle Garriaud-Maylam, sénateur des Français établis hors de France, parue dans le Journal du Parlement.

Depuis quelques semaines, la photo d'une femme Marthe Simard se trouve dansune des vitrines du Sénat, rue de Vaugirard. Qui est-elle ?

Il s'agit en fait de la toute première femme française ayant siégé dans une Assemblée politique, l'Assemblée nationale consultative, créée parle Général de Gaulle en 1943.
Française résidant au Québec, elle avait été nommée à cette Assemblée par le Général de Gaulle pour yreprésenter, avec quatre autres compatriotes les organisations derésistance de l'étranger. Deux femmes seulement y avait été nommées,Marthe Simard et Lucie Aubrac. Cette dernière n'ayant pu rejoindreAlger, Marthe restera la seule femme à siéger à l'Assemblée jusqu'à ce que celle-ci se transporte à Paris, au Palais du Luxembourg en novembre1944. Y siègeront alors 248 "délégués", dont neuf autres femmes.
Ilest en tout cas remarquable qu'un an avant l'octroi du droit de vote aux femmes par le Général de Gaulle, une femme ait pu sièger dans une Assemblée politique.
Pour moi, élue des Français établis hors de France, le fait que cette femme ait été une Française de l'étranger a de surcroît une forte valeur symbolique. Je suis très reconnaissante au Président du Sénat d'avoir accepté que cette photo de 1943 (du très célèbre photographe canadien Yousuf Karsh) qui m'a été confié par le cousin de Marthe, lui-même grand résistant, soit exposée dans une vitrine du Sénat.
Cela permet de rattraper un peu le fait que Marthe Simard ait été, fort injustement, une oubliée de l'histoire, alors mêmeque toutes les autres femmes qui lui ont succédé à l'Assemblée consultative provisoire ou au Parlement sont elles, bien connues du grand public. 

Pourriez-vous m'en dire un peu plus sur elle ?

Marthe était née à Bordj-Menaïel, Algérie, en 1901, dans une famille établie là depuis quatre générations.
Fille du juriste Edouard Caillaud et d'Emma Paoli, de Corse, elle se marie une première fois en juillet 1920 avec Socrate Bastenti dont elle aura une petite fille Yahne. Devenue veuve très jeune, elle rejoint ses parents à Douai où son père avait été nommé juge  d'instruction avant d'y devenir président du Tribunal. Elle rencontre à Bercq-plage le Docteur André Simard, éminent chirurgien québécois qu'elle épouse et rejoint à l'été 1932.
Dès le début de la guerre, elle envoie vivres et médicaments en France, et crée le jour même de l'Appel du Général de Gaulle du 18 juin, un "Comité France-Libre" qui deviendra le premier comité de la Résistance fondé à l'extérieur des frontières françaises. La maison des Simard à Québec devient ainsi le "quartier général du mouvement gaulliste en Amérique du Nord", accueillant et soutenant maint résistant, en dépit de l'opposition et des tentatives d'intimidation des représentants du "gouvernement de l'armistice".Soutenue de façon indéfectible par son mari, Marthe Simard reconnaîtque "peu d'époux français auraient accepté de donner pour un autre pays le temps qu'il a donné à la France".
Marthe se bat avec une immense ténacité pour soutenir les mouvements de résistance, en faire connaître les enjeux aux autorités canadiennes.Citant toujours Sainte Thérèse d'Avila "Mourir, oui !...capituler,jamais !", elle sillonnera inlassablement le Canada, donnant conférences, intervenant à la radio, et elle y créera et coordonnera une trentaine d'autres comités de la France Libre sur tout le territoire.
C'est tout naturellement que le Général de Gaulle,cherchant un représentant de la France libre en Amérique du Nord l'invite à le rejoindre en Algérie pour sièger à l'Assemblée consultative provisoire. Au prix d'un voyage aussi long que périlleux sur le champ de bataille qu'est alors l'Océan Atlantique, Marthe arrive à Alger et est alors la première femme à y siéger. Elle en restera membre jusqu'à sa dissolution en 1945, écrivant alors son bonheur de se préparer enfin à passer Noël avec son mari et sa petite Yahne et sa fierté retrouvée "oui les élections en France nous comblent de joie de fierté et d'espérance".
La dédicace du livre figurant sur la photo de 1943 atteste de l'estime que lui portait le Général "A Madame Simard, Française d'élite qui va représenter ici tant de bonnes, braves, fidèles Françaises, leurs souffrances et leurs espérances. Respectueusement. Charles de Gaulle" et, en filigrane, de son souci de voir les Françaises accéder à une pleine citoyenneté.

 

 

retour

 

 
   

© 2009 RACINES FRANCE

plan du site |

écrire